Résilience assistée : Un concept du BNCE-Togo pour accompagner les ex enfants en conflit avec la loi

Au Togo, comme dans plusieurs pays africains, les enfants en conflit avec la loi sont confrontés à de multiples vulnérabilités notamment la rupture familiale, la stigmatisation sociale, la pauvreté et le faible accès à l’éducation ou à l’emploi. Après leur sortie des structures de détention ou des procédures judiciaires, leur réinsertion demeure un défi majeur.

Le programme Enfance Sans Barreaux 3, déployé depuis 2023, vise précisément à répondre à ces enjeux en favorisant une réinsertion durable des enfants ayant été en conflit avec la loi à travers des approches socio-éducatives et économiques adaptées. 

L’accompagnement proposé repose sur le concept de résilience assistée, qui consiste à aider l’enfant à mobiliser ses ressources internes et externes pour surmonter les traumatismes et reconstruire son projet de vie. Cette approche permet d’identifier les forces et les fragilités de chaque enfant, de développer l’estime de soi, de favoriser la responsabilisation et la prise de conscience des actes, de soutenir un changement durable de comportement. Elle s’inscrit dans une logique de justice réparatrice, privilégiant la réparation, la réconciliation et la réintégration plutôt que la sanction punitive

Le dispositif d’accompagnement des ex-enfants en conflit avec la loi se repose sur 4 paliers :

-Suivi post-libération et accompagnement individualisé

Le programme met un accent particulier sur le suivi après la sortie du système judiciaire. Les travailleurs sociaux assurent des visites à domicile, un accompagnement psychosocial, des séances de conseil et d’écoute et l’élaboration de projets de vie individualisés.  Ce suivi est réalisé en collaboration avec les services étatiques afin de garantir la continuité de la prise en charge des enfants.

– Réhabilitation psychosociale et socio-éducative

Les ex-ECL bénéficient de plusieurs activités tels que des séances de groupes de parole, des séances de psychoéducation, des ateliers de développement personnel et des activités ludiques

favorisant l’expression et la reconstruction identitaire. Ces pratiques permettent aux jeunes de comprendre leurs actes, de renforcer leurs compétences sociales et de prévenir la récidive

-Soutien à la parentalité et implication communautaire

La réinsertion ne peut être effective sans l’implication de la famille. Le programme a appuyé les parents des enfants et d’autres enfants à risque sur des formations en parentalité positive, un accompagnement des parents dans la gestion des enfants et la sensibilisation des communautés pour réduire la stigmatisation. Plus de 500 parents sont ainsi accompagnés dans le cadre du programme.

-Autonomisation socio-économique

L’un des piliers du parcours de résilience est l’accès à des opportunités économiques. Le programme a appuyé 85 jeunes à travers des formations professionnelles, la création d’activités génératrices de revenus (AGR) et l’accompagnement à l’entrepreneuriat agricole et ou artisanal.  Ces actions visent à offrir une alternative concrète à la marginalisation et à prévenir la récidive

Les résultats observés montrent que l’accompagnement holistique permet une amélioration de l’estime de soi des bénéficiaires, une réduction des comportements à risque, un retour progressif dans les familles, une insertion sociale et économique durable.

Malgré les avancées, plusieurs défis persistent notamment l’insuffisance des ressources financières pour un suivi à long terme, la persistance de la stigmatisation sociale, le manque d’opportunités économiques pour les jeunes, la nécessité de renforcer les politiques publiques.

Cependant, la dynamique de plaidoyer engagée par le programme, notamment à travers la Déclaration de Lomé, ouvre des perspectives prometteuses pour l’institutionnalisation de ces pratiques.

En définitive, l’accompagnement des ex-enfants en conflit avec la loi dans le cadre du programme Enfance Sans Barreaux 3 démontre que la résilience peut être construite lorsque des dispositifs adaptés sont mis en place. En combinant soutien psychosocial, implication familiale et autonomisation économique, le BNCE-Togo contribue à transformer des trajectoires de vulnérabilité en parcours de reconstruction et d’espoir. Ce modèle d’intervention constitue aujourd’hui une référence en matière de justice juvénile réparatrice et mérite d’être renforcé et étendu pour garantir à chaque enfant une seconde chance.

TSANDJA Afangnon Messan

Directeur Exécutif BNCE-Togo

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