Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa voit émerger un projet de réforme constitutionnelle majeur à deux ans de la fin officielle de son mandat. Le texte, récemment examiné en conseil des ministres, prévoit un changement profond du mode de scrutin présidentiel.
À l’avenir, le président de la République ne serait plus élu directement par le suffrage universel, mais par les membres du Parlement. Or, le parti au pouvoir, le ZANU-PF, qui dirige le pays depuis l’indépendance en 1980, détient actuellement les deux tiers des sièges au Parlement. Cette majorité qualifiée lui donnerait donc un contrôle quasi total sur le choix du futur chef de l’État.
Autre mesure clé du projet, le report de la prochaine élection présidentielle à 2030, alors qu’elle est prévue pour 2028. Cette modification permettrait de facto à Emmerson Mnangagwa (83 ans) de prolonger son mandat actuel de deux années supplémentaires. Selon la constitution actuelle du Zimbabwe, il a déjà effectué deux mandats présidentiels et ne pourrait plus se présenter.
Arrivé au pouvoir en novembre 2017 à la suite d’un coup d’État militaire qui a renversé Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa est régulièrement accusé par ses opposants et par plusieurs organisations internationales de réprimer l’opposition, de museler la liberté de la presse et de tolérer une hyperinflation persistante.
Le gouvernement souhaite faire adopter ce texte rapidement au Parlement, sans passer par un référendum populaire. Plusieurs juristes ont déjà qualifié cette procédure d’illégale ou contraire à l’esprit de la Constitution. Cette tentative s’inscrit toutefois dans une longue série de modifications constitutionnelles controversées, déjà observées sous la présidence de Robert Mugabe.
L’opposition parle ouvertement de « coup d’État constitutionnel » et de « détournement de la démocratie ». Dans un pays confronté à une grave crise économique, à la pauvreté généralisée et à une forte émigration, cette nouvelle crise politique pourrait encore accentuer les tensions sociales et politiques.
Le texte doit maintenant être débattu et voté au Parlement. Compte tenu de la très large majorité dont dispose le ZANU-PF, l’adoption du projet apparaît presque certaine.
