L’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba de Lomé vers Ouagadougou, survenue le 17 janvier, a provoqué de vives réactions dans plusieurs capitales ouest-africaines, Abidjan en tête. Selon Africa Intelligence, le président ivoirien Alassane Ouattara n’a guère apprécié ce transfert, survenu dans un contexte de relations déjà tendues entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso.
Pour les autorités ivoiriennes, cette décision dépasse le seul cas de l’ancien chef de la transition burkinabè. Elle ouvre, selon elles, une brèche délicate en matière d’extradition des anciens responsables politiques et activistes en exil dans la sous-région, en particulier ceux visés par des demandes émanant des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Abidjan redoute que ce précédent ne renforce la pression sur les États qui accueillent, pour des raisons politiques ou sécuritaires, des ressortissants recherchés par leurs pays d’origine.
La Côte d’Ivoire héberge en effet plusieurs figures burkinabè réclamées depuis des mois par Ouagadougou, ainsi que des personnalités maliennes poursuivies par Bamako. Parmi elles figure notamment Karim Keïta, fils de l’ancien président malien Ibrahim Boubacar Keïta, renversé en 2020. Autant de dossiers sensibles qui pourraient être ravivés à la lumière de l’affaire Damiba.
Face à cette situation, Alassane Ouattara envisagerait d’aborder le sujet avec certains de ses homologues de la région, afin d’harmoniser les positions et d’éviter une multiplication de cas similaires susceptibles de fragiliser les équilibres diplomatiques ouest-africains.
Le Togo a conditionné l’extradition à des garanties formelles de Ouagadougou : respect de l’intégrité physique de Paul-Henri Sandaogo Damiba et absence de toute réquisition de peine de mort. Une exigence motivée par la réforme en cours du Code pénal burkinabè, qui prévoit le retour possible de la peine capitale pour certaines des infractions reprochées à l’ancien dirigeant.
